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La question de la retraite, c’est à dire le fait d’être à la retraite ou bientôt en retraite est majoritairement abordée sous l’angle financier. Nous avons tous connu - voire participé- à des mouvements sociaux nombreux, fréquemment extrêmement violents. Par solidarité, j’ai moi-même défilé, manifesté. Les sous-questions sont nombreuses et sensibles, telles le mode de financement et celles de l’équité selon la fatigabilité de tel ou tel métier. Mon propos est ici d’entrouvrir le versant, souvent négligé, psychologique et psychosocial.
J’ai, dans ma patientèle, de nombreux cas, souvent féminins, de femmes touchées, je dirais impactées par cette étape de la vie. Il n’est pas excessif de dire que c’est un passage d’un violence souvent extrême. Preuve en est que cette mutation obligée est bien souvent traitée par les dives organismes sociaux, avant, pendant ou après la date impitoyable. « On » s’inquiète de savoir si, pour tout un chacun, ça puisse se passer le mieux possible. On nous rebat les oreilles avec des formules types comme « une bonne retraite, ça se prépare ». Dans le monde salarié, existent bien quelques rites de passage. Les sociétés anciennes étaient bien plus riches en rites ou rituels, aussi bien pour l’âge mur que pour l’adolescence ou la puberté.
En tout cas, la marque forte de nos retraités actuels se résume en un mot : l’exclusion, le retrait. Les anglo-saxons d’ailleurs exprime le chose en traduisant retraité par retired = retiré ; vocable exprimant fortement la violence de la chose. Le nom m’échappe de ce film japonais où les vieux étaient même poussés à monter mourir au froid dans la neige. On voit surgir dans certains milieux une forme larvée de malthusianisme justifiée par une prétendue surpopulation mondiale voire, ainsi, comme dit dans Wikipédia les préoccupations écologiques renouvellent aujourd'hui la problématique malthusienne. Ainsi, certains, comme le commandant Jacques-Yves Cousteau, voient dans l'excessive population humaine le principal obstacle à la sauvegarde des espèces animales et végétales.
Bref, tout un chacun a le souci de bien préparer sa retraite. Puis, de bien la gérer. J’ai la position bien spéciale d’être le chercheur qui s’observe lui-même puisque je poursuis, bien au-delà de l’âge légal, une forme d’activité professionnelle. J’ai l’insigne avantage de réfléchir à cet état bien particulier d’être retired ou crûment dit « inutile » a contrario puisque mon activité me rend utile. On touche là au cœur du problème : le vieux -pardon : le retraité- souffre essentiellement d’être inutile. Et la société le lui fait bien sentir : il doit rester là, tranquille, réifié, chosifié, réduit à l’état de potiche ; vestige dont il est pris soin, a minima. Bien sûr, le vieux, la vieille, se trouvent des stratégies pour évacuer ce sentiment d’inutilité ; l’art hugolien d’être grand-père en est une ; ou encore l’activité dans le soin des plus vieux. Brutalement dit : à chacun de se trouver une bonne raison de vivre, voire de survivre.
Le sociologue -qui n’est pas un moraliste- pourrait noter que jadis, le vieux restait inclus (juste l’antonyme de exclus !) dans le cercle de famille. Il avait le rang de paterfamilias et mourait généralement à la maison. Mais tellement d’éléments ont changé, les structures familiales ont explosé, de nouvelles maladies neurodégénératives ont surgi et surtout l’espérance de vie a explosé.
Tout de même : la vie de l’être humain commence souvent dans une institution, la crèche, pour se terminer dans une autre : l’EHPAD !
Pour conclure plus positivement, la société devrait essayer de trouver un moyen de redonner aux vieux le sentiment d’être sinon importants, du moins utiles. Il y a des pistes. A commencer par s’efforcer de ne pas trop les considérer comme des personnes en position de handicap. Elles sont moins habiles, moins vives, mais elles ont un savoir, une expérience qui pourraient être socialement profitables, bénéfiques.
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